jeudi 16 juillet 2009

Pourquoi est-ce drôle?



Je suis tombé hier sur Joséphine de Pénélope Bagieu. Et la page que je montre ici se trouve vers le début du bouquin (qui est une série de strips montrant le quotidien d'une trentenaire, ses angoisses, ses réactions face à la vie, tout ça avec des blagues). En page 8 donc, Pénélope se fait siffler par des ouvriers qu'elle s'empresse de rabrouer. Puis à la dernière case elle appelle un/une ami(e) :" -soupir- Rhô la la... -Non, rien, je me suis encore fait siffler..."
Quand j'ai vu ce gag j'ai de suite pensé à ce dessin de Booth paru en 2007 dans le New Yorker : Une jolie fille passe dans les rues d'un New York assez populaire, un type assis sur des marches la regarde, plein d'admiration. Derrière lui deux vieilles dames l'engueulent : "Mais siffle-là, gros con" (désolé pour la traduction un peu vulgaire, mais "dumb bastard" est assez violent en anglais, même si passé dans l'argo populaire/immigré italien).

Dans Joséphine, l'auteur veut dire "les filles râlent quand on les siffle mais en fait elles aiment ça". Et elle dessine : une fille qui râle quand on la siffle et qui dit à sa copine qu'en fait elle aime ça.
Dans le New Yorker, c'est la même idée à la base de la reflexion de l'auteur, mais au final il choisit d'enrichir l'idée et de modifier l'axe, ce qui donne : Siffler les filles est une attitude des années 50, une époque à laquelle l'homme aimait à montrer sa domination en sifflant une fille qu'il trouvait jolie. Maintenant l'homme n'ose plus siffler une fille qu'il trouverait belle, les rapports ne sont plus tout à fait les mêmes. Et les femmes des années 50 (des mamies d'aujourd'hui) aimeraient que les mecs soient un peu plus macho, parce que finalement, les filles, ben elles aimaient ça se faire siffler. Mais je résume beaucoup l'idée.
Je trouvais ça tellement frappant que dans un strip on ait une idée vieille comme le monde même pas apprêtée pour nous la faire manger aujourd'hui (Joséphine se fait siffler par...des hommes de chantier...), et en 6 dessins, alors que de l'autre côté on nous sert à priori la même idée, mais là c'est drôle, et c'est drôle parce que ça utilise un axe original, et qu'au final ça véhicule au moins 3 ou 4 idées derrière (et en un seul dessin). Ce qui fait rire, souvent, c'est la surprise ; et l'idée. Et dans les dessins du New Yorker, y'a quasiment à chaque coup les deux. Dans Joséphine, y'a ni l'un ni l'autre (même si je respecte Pénélope Bagieu) . Ce n'est pas gravissime non plus étant donné que l'auteur n'a pas voulu faire un livre uniquement drôle.

6 commentaires:

Vincent a dit…

T'as complètement raison.
La comparaison est assez cruelle pour Pénélope...
Le dessin du New-Yorker est vraiment excellent :)

Vincent a dit…

Le truc, c'est que les supports des deux dessins sont très différents, et donc les objectifs aussi.
Le dessin de Pénélope est issu d'un blog (ou du moins, ça a la même logique – et de toutes façons Pénélope Bagieu vient du monde du blug), c'est-à-dire un support sur lequel on raconte des petites choses de la vie de façon plutôt rigolote, parce que sinon c'est pas drôle.
Le dessin du New Yorker (excellent, en passant) est un dessin d'humour, dessin de presse, qui s'inscrit dans une grande tradition, qui fonctionne avec les mécanismes que tu as très bien décrits.

Dans l'ensemble, l'humour qui consiste à décrire des faits un peu rigolos de la vie, souvent pratiqué sur les blogs ou dans certains stand-ups ("est-ce que vous avez remarqué que souvent dans la rue/au ski/en famille/à la campagne etc) n'est pas celui qui me fait le plus rire. Je trouve que ça reste souvent assez premier degré, malgré le talent des gens qui le pratiquent. J'ai pas besoin de ces gens pour rire des choses de la vie, et ce n'est pas vraiment ce que j'attends d'un humoriste (c'est une question de goût).
Je suis bien plus "transporté" par le dessin de Booth, qui a vraiment ce truc en plus qui le fait décoller. Et me fait rire. Une forme de fantaisie, aussi.

Vincent a dit…

(je crois que tu peux effacer mon premier commentaire, qui peut passer pour hargneux et bêtement méchant)
(et ce commentaire-ci aussi :) )

Thomas Brissot a dit…

Ah non non je laisse tout :p

Vincent a dit…

Ah ah, petit filou :)

Je précise d'ailleurs le fond de ma pensée.
Je parle d'une forme de "fantaisie" pour le dessin de Booth. Le mot est peut-être mal choisi ; c'est surtout qu'il se détache du réel, il ne se contente pas de le décrire.
Pénélope Bagieu décrit un fait, part de la réalité et en montre l'aspect côté rigolo. C'est un peu l'humour blug : vous avez remarqué le bronzage lunettes de ski, les files d'attente à la poste, les enfants qui braillent dans le train, la gueule de bois, la belle-mère (ouh, je commence à être méchant – alors que ça peut être très bien aussi)
Booth part du réel, parce qu'il faut bien une base sur laquelle partir. Mais il extrapole, il invente une situation nouvelle pour mieux parler de certaines choses. Ce n'est plus de la description, c'est de la construction. Et c'est vrai que ça me plait plus.

Thomas Brissot a dit…

Oui, mais même à côté de la construction c'est vrai qu'on sent quelqu'un qui reflechit dans le dessin de Booth, un esprit qui se pose et qui pose des questions. Tu fais le rapprochement avec le dessin de presse et je ne suis pas d'accord; Parce que le dessin d'humour est plus intemporel et plus universel que le dessin de presse traditionnel qui se contente de faire ce que Bagieu fait, mais avec la politique. Bien sûr il y a des exceptions, il a d'excellents dessins de presse intemporels et de très mauvais dessins d'humour éphèmeres.