dimanche 23 août 2009

Texte et Image





 En ce moment, je regarde quelques cartoons pour en tirer un maximum d'enseignements. Le petit "article" que j'avais écrit sur Pénéloppe Bagieu / Booth m'a appris quelques trucs, au même titre qu'un croquis peut m'apprendre quelques "mécanismes" sur la perspective ou le volume. Je me suis donc décidé a faire une petite rubrique "Pourquoi c'est drôle" destiné à des petites analyses de cartoons. Pas particulièrement pour les deux ou trois visiteurs qui ont échoué sur mon blog comme des naufragés sur une île déserte, mais pour essayer de décortiquer l'humour, qu'on prend pour acquis en France, et qu'on analyse mécaniquement aux Etats-Unis. Bien sûr l'avantage de ce blog étant de partager un peu avec d'autres gens (principalement pour retrouver l'esprit critique que l'on perd quand on sort d'une école d'art), si vous concevez les choses différement, dîtes-le  :)

Donc voilà je trouve que ce dessin, qui m'a bien fait rire (parce que pour peu qu'on ait un blog...) traduit le grand équilibre de tout dessin d'humour (il me semble) : ce qu'on dit-on avec l'image ou avec le texte. Il arrive que les deux soient redondants (ça arrive même souvent dans des cartoons pas très drôles). Ici chacun a un rôle, et il n'y a quasiment pas de redondance : l'image raconte un décor d'un lieu visiblement ennuyeux (une porte, une fenetre, un tableau très abstrait, une table avec quasiment rien dessus) et avec des personnages  ennuyeux (pose figée presque inhumaine, bras le long du corps, coupe de cheveux des années 80, petites lunettes et air sérieux). Du coup le texte ( vite traduit : "Peut être que personne ne va sur ton site parce qu'il parle de toi") trouve un sens. le "toi" ( type enuyeux ) est explicité par le dessin.  Il y a un effet d'aller-retour d'ailleurs : on intègre le dessin sans mettre de notion dessus (enfin a moins d'avoir un cerveau-robot qui conscientise tout les éléments de l'image comme un rébus), puis on lit le dialogue, et enfin on relie le dialogue à l'image de ce type chiant à mourrir dans son salon. D'abord on comprend pas et après avoir mieux regardé, on comprend (pardon pour la formulation). Ce phénomène, je trouve, est le même que celui impliqué par la phrase " ben regarde-toi tu comprendras". Ce que je trouve fort (que l'auteur l'ait remarqué ou non) dans  ce dessin en particulier, c'est que le cheminement de la compréhension du dessin est le même que le cheminement que doit faire le personnage pour comprendre pourquoi personne ne lit son blog : il n'a qu'à se regarder.

2 commentaires:

Julien a dit…

j'ai hâte de lire cette rubrique.

François Matton a dit…

Bonne idée cette rubrique.
L'analyse que tu proposes explicite très bien le moteur de la plupart des dessins de Sempé.