
Je suis tombé hier sur
Joséphine de Pénélope Bagieu. Et la page que je montre ici se trouve vers le début du bouquin (qui est une série de strips montrant le quotidien d'une trentenaire, ses angoisses, ses réactions face à la vie, tout ça avec des blagues). En page 8 donc, Pénélope se fait siffler par des ouvriers qu'elle s'empresse de rabrouer. Puis à la dernière case elle appelle un/une ami(e) :" -soupir- Rhô la la... -Non, rien, je me suis encore fait siffler..."
Quand j'ai vu ce gag j'ai de suite pensé à ce dessin de Booth paru en 2007 dans le New Yorker : Une jolie fille passe dans les rues d'un New York assez populaire, un type assis sur des marches la regarde, plein d'admiration. Derrière lui deux vieilles dames l'engueulent : "Mais siffle-là, gros con" (désolé pour la traduction un peu vulgaire, mais "dumb bastard" est assez violent en anglais, même si passé dans l'argo populaire/immigré italien).
Dans
Joséphine, l'auteur veut dire "les filles râlent quand on les siffle mais en fait elles aiment ça". Et elle dessine : une fille qui râle quand on la siffle et qui dit à sa copine qu'en fait elle aime ça.
Dans le New Yorker, c'est la même idée
à la base de la reflexion de l'auteur, mais au final il choisit d'enrichir l'idée et de modifier l'axe, ce qui donne : Siffler les filles est une attitude des années 50, une époque à laquelle l'homme aimait à montrer sa domination en sifflant une fille qu'il trouvait jolie. Maintenant l'homme n'ose plus siffler une fille qu'il trouverait belle, les rapports ne sont plus tout à fait les mêmes. Et les femmes des années 50 (des mamies d'aujourd'hui) aimeraient que les mecs soient un peu plus macho, parce que finalement, les filles, ben elles aimaient ça se faire siffler. Mais je résume beaucoup l'idée.
Je trouvais ça tellement frappant que dans un strip on ait une idée vieille comme le monde même pas apprêtée pour nous la faire manger aujourd'hui (Joséphine se fait siffler par...des hommes de chantier...), et en 6 dessins, alors que de l'autre côté on nous sert
à priori la même idée, mais là c'est drôle, et c'est drôle parce que ça utilise un axe original, et qu'au final ça véhicule au moins 3 ou 4 idées derrière (et en un seul dessin). Ce qui fait rire, souvent, c'est la surprise ; et l'idée. Et dans les dessins du New Yorker, y'a quasiment à chaque coup les deux. Dans
Joséphine, y'a ni l'un ni l'autre (même si je respecte Pénélope Bagieu) . Ce n'est pas gravissime non plus étant donné que l'auteur n'a pas voulu faire un livre
uniquement drôle.